Le chemin de Laval :une route pour vivre et rester ici

Au tournant des années 1830, la vallée de la Montmorency est en pleine transformation. Les paroisses du littoral (Beauport, L’Ange-Gardien, Château-Richer et Sainte-Anne-de-Beaupré) débordent.

Les terres de front sont occupées depuis longtemps et les familles se tournent vers les hauteurs. Plusieurs nouveaux arrivants, dont des familles irlandaises, s’établissent sur les terres qui deviendront la paroisse de Laval.

Mais une difficulté majeure compromet l’essor de ces nouvelles installations : il n’existe aucune route permettant d’accéder à ces terres reculées.

Le 8 février 1831, des colons adressent une pétition à la Chambre d’assemblée pour expliquer leur isolement. Ils rappellent qu’ils sont tenus de s’établir immédiatement « à peine de perdre tout droit à icelles », mais que leurs terres sont « si reculées et éloignées » qu’il est pratiquement impossible d’y conduire familles, animaux et provisions sans la prolongation d’un chemin existant que ce soit celui de Stoneham, du Lac-Beauport ou un tracé mieux adapté.

Le 14 mai 1831, depuis le Château Saint-Louis, Lord Aylmer autorise une somme de 250 £ pour ouvrir un chemin reliant L’Ange-Gardien à la future paroisse de Laval. Trois commissaires (l’abbé Antoine Parant, Joseph Guérin et Eliza Miller) supervisent le projet et mandatent l’arpenteur Joseph Hamel, déjà bien familier du territoire. Hamel reçoit l’instruction de suivre la rive de la rivière Montmorency à partir de la ligne seigneuriale de Beauport et de l’Ange-Gardien jusqu’au confluent du Bras de la rivière Montmorency, de remonter la vallée de

Settler’s Log House
Huile sur toile de Corneluis Krieghoff, 1856
Art Gallery of Ontario

cette rivière (aujourd’hui la rivière de ’Île), puis de rejoindre la ligne du 7e rang.

Dès le 31 août 1831, il part « explorer et chaîner le chemin » accompagné d’une petite équipe : les chaîneurs Benoni Légendre et François Gagné, ainsi que des bûcherons et guides dont Élie Sioui et Joachim Picard, figures associées à la Nation Wendat.

Le terrain est exigeant : fortes pluies, « montées à pic », zones marécageuses qu’il faut contourner, nombreuses traversées de cours d’eau. Hamel note la nécessité de construire des ponts sur des rivières clés du territoire : la rivière Euclide, la rivière au Pin, la rivière Richelieu, et plus loin un pont majeur pour le Bras. Il mentionne aussi un « vieux chemin », des coulées et des passages déjà empruntés par les chasseurs, bûcherons et familles établies dans les hauteurs.

La cabane de Joseph Lamotte, située près du ruisseau Euclide, joue un rôle central. Elle sert de relais pour les provisions, d’abri temporaire et de point de repère au milieu d’un territoire en transformation. Dans nos recherches, Joseph Lamotte apparaît comme l’un des premiers habitants permanents de ce secteur, un pionnier dont la présence structure l’occupation humaine.

Un passage du journal de Hamel illustre l’un des moments clés du tracé : bloqué au 14e lot par une «  écore à pic » qui l’empêche de suivre la Montmorency, il décide de franchir la montagne pour rejoindre la vallée du Bras. Ce choix déterminera le tracé futur des rangs.

Le 9 septembre, après plusieurs jours d’arpentage difficile, l’équipe sort du bois. Le chemin existe désormais sur le papier : reste à le construire.

Cette première partie révèle la naissance d’un axe vital reliant la vallée du fleuve aux terres neuves. Entre les extraits du journal de Hamel et les inquiétudes des colons se dessine l’origine d’un chemin destiné à permettre aux familles de vivre… et de rester ici.

Marc Gadoury

Sources : Musée de la civilisation, fonds du Séminaire de Québec, Titres Laval, no 176.

Allen Dawson Président
Société d’histoire de Sainte-Brigitte-de-Laval
Site Web : www.shsbdl.org/
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