Le chemin de Laval: une route pour vivre et rester ici (deuxième partie)
Société d’histoire de Sainte-Brigitte-de-Laval
Le 21 septembre 1831, Joseph Hamel remet aux commissaires son rapport final, dans lequel il décrit un « terrain inégal » comprenant des montagnes à contourner, des pentes à adoucir et plusieurs rivières à franchir. Malgré tout, il affirme la faisabilité du chemin et insiste sur les qualités de la vallée du Bras : un « terrain superbe et très propre pour y faire un chemin ».
Ils jugent ces ouvrages suffisamment solides pour résister aux crues de printemps. Conscients de l’importance stratégique de cette route pour les colons irlandais installés dans les rangs supérieurs, ils demandent une somme supplémentaire de 500 $ pour prolonger le chemin jusqu’au 8e rang.
Le 24 novembre 1831, les commissaires dressent un état d’avancement impressionnant : le chemin est ouvert jusqu’au 25e poteau, représentant environ 75 arpents, dont 54 sont entièrement achevés. Ils décrivent un « bien beau chemin », carrossable même pour les charges lourdes.
Les travaux comprennent :
- trois ponts de 36 pieds ;
- un pont plus important de 56 pieds ;
- une quinzaine de petits ponts sur les ruisseaux et torrents ;
- la traversée de plusieurs rivières clés : rivière Euclide, rivière au Pin, rivière Richelieu, Bras de la rivière Montmorency (future rivière à l’Île) ;
- l’abaissement de plusieurs côtes de huit à dix pieds ;
- le creusage de fossés dans les secteurs marécageux.
Au-delà de l’ingénierie, ces archives montrent une dimension profondément humaine: la vulnérabilité des colons isolés, la collaboration entre arpenteur, guides autochtones,

par ordre des commissaires nommés à cet effet au commencement de septembre 1831. Musée de la civilisation, fonds d’archives du Séminaire de Québec.
bûcherons et habitants, et la présence de cabanes-relais comme celle de Lamotte, véritables phares dans la forêt. Elles révèlent aussi que le chemin officiel s’appuie sur un réseau plus ancien : sentiers de chasse, passades, anciennes lignes de lot : la première ossature du territoire.
Aujourd’hui, lorsqu’on circule à Sainte-Brigitte-de-Laval ou qu’on marche le long de la Montmorency, de la rivière Euclide, de la rivière au Pin ou de la Richelieu, on suit encore les lignes tracées par Hamel et son équipe. Le paysage moderne conserve l’empreinte des premiers arpenteurs.
Le chemin de Laval n’est pas seulement une voie d’accès : c’est le premier lien qui a permis aux familles irlandaises et canadiennes-françaises de s’établir durablement dans les hauteurs. Une route qui, au 19e siècle, a littéralement permis de « vivre et rester ici ».
Marc Gadoury
Sources : Musée de la civilisation, fonds du Séminaire de Québec, Titres Laval, no 176.



