Sur la terre du Yeti

La jungle du Teraï

Pygargue nain – © Eliane Vételé
Rhinocéros unicorne – ©Eliane Vételé
Martin chasseur de Smyrne – © Eliane Vételé

Après quelques jours de découvertes enrichissantes de Kathmandu, j’ai pris un bus local pour me rendre au sud du Népal, plus exactement dans la jungle du Téraï.

Mon parcours a traversé les contreforts de l’Himalaya. Les montagnes verdoyantes ont fait place petit à petit à une plaine agricole située en dessous de 300 m d’altitude. Le transport en commun s’est considérablement amélioré et offre aux touristes des bus confortables avec Wifi gratuit…! En revanche, les routes ne s’améliorent pas et il a fallu sept heures pour parcourir 160 km. Routes sinueuses, souvent engorgées par le trafic lent de camions, routes en travaux, car très affectées par les inondations et glissements de terrain durant la mousson.

Éléphants dans les rues de Sauraha – © Eliane Vételé

Le bus m’a déposé à quelques kilomètres de Sauraha qui doit sa notoriété à sa proximité avec le parc national de Chitwan. Ce dernier, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO, regorge d’une faune riche.Tôt le matin, il n’est pas rare d’y rencontrer, dans les rue de Sauraha, des éléphants et leurs cornacs qui livrent leur chargement de fourrage fraîchement coupé. Il est assez impressionnant de les voir aller paisiblement parmi les vélos, scooters et voitures. Passant proche de moi, j’entendais leur souffle collé au rythme de leurs pas.

Le soir venu, les cornacs conduiront les pachydermes jusqu’à la rivière pour se rafraîchir et s’alimenter. Cette balade gourmande se fera parfois en compagnie d’un rhinocéros qui, faisant fi des passants, traverse le village de Sauraha pour rejoindre ses quartiers nocturnes de l’autre côté de la rivière Rapti. Charles Tisseyre en a parlé à Découverte le 7 septembre 2025.

Pour visiter le parc de Chitwan, nous devons embarquer dans un dhungas, sorte de pirogue creusée dans un tronc d’arbre. Assise sur deux planches de bois posées à même le fond de l’embarcation, les genoux au menton, j’observe, proche de moi, un crocodile au regard envieux. Gueule entrouverte, il semble espérer le naufrage qui lui offrira son déjeuner.

Rendus de l’autre côté de la rivière Rapti, nous montons dans des jeeps et partons à la découverte du parc par les pistes sablonneuses qui traversent cette forêt subtropicale et contournent les marais. Nous nous enfonçons dans la jungle. La végétation est très dense et protège une faune arboricole comme les oiseaux, les singes, les serpents et même les léopards.

Durant cette visite, nous observerons cerfs aboyeurs, daims tachetés, singes. Nous croiserons un éléphanteau marchant dans l’ombre de sa mère. Des échassiers comme l’aigrette garzette et la cigogne asiatique fréquentent les marais du parc. À plusieurs reprises nous verrons, solitaires, des rhinocéros indiens unicornes se rassasier dans une prairie ou dormir parmi les nénuphars. Nous aurons la chance de surprendre l’ours lippu, un ours noir doté d’un museau étrange et carré. Il descendait d’une tour d’observation et reprenait son petit bonhomme de chemin dans la jungle.

Crocodile guettant un possible lunch! – © Eliane Vételé

Moins tranquille fut cette rencontre avec un rhinocéros. Alors que nous cherchions sa masse imposante parmi les grands sals, nous l’avons vu surgir sur le chemin et poursuivre trois randonneurs qui furent heureux de faire de notre jeep un refuge contre cet assaut soudain. Le rhinocéros peut paraître lourdaud, sa course peut atteindre 55 km/h.

Le danger écarté, nos trois randonneurs, ayant repris des couleurs, se sont fait déposer en lieu sûr.

Mon appétit insatiable pour la faune et la flore m’entraîne vers une autre partie du parc. Celle que l’on peut explorer à pied avec deux guides. Même si le seigneur du Teraï, le tigre du Bengale, y règne discrètement, il n’en est pas moins dangereux.

Paon bleu du Teraï – © Eliane Vételé

Comme la veille j’embarque dans un bunghas. Portée par le courant, je vais rejoindre les sentiers du parc. Au fil de l’eau nous observons les oiseaux qui peuplent les berges de la rivière Rapti. Un grand nombre de martin-pêcheurs aux couleurs chatoyantes sont à l’affut du moindre poisson. À la sortie d’un méandre, j’aperçois un paon bleu, l’un des plus beaux oiseaux de la région.

Durant cette randonnée sur la terre ferme, j’observerai quantité d’oiseaux comme les guêpiers, pics, perruches, hérons, busard et pygargue nain. Mon guide me montrera les traces de griffes d’un tigre sur un tronc d’arbre. Il me fera renifler le sol pour sentir son urine dans une empreinte. Senteur de beurre rance, pop-corn, peu agréable.

Sur le chemin de retour, nous devrons contourner une passerelle afin de ne pas éveiller un rhinocéros endormi dans les jacinthes d’eau. L’expérience des randonneurs de la veille était encore fraîche.

Dernière soirée en bordure de la Rapti en compagnie des éléphants et d’un rhinocéros. Demain, c’est le départ vers les sommets qui taquinent les étoiles. Aux confins de l’Himalaya, le Haut-Mustang m’attend depuis si longtemps.

Ours lippu-parresseux – © Eliane Vételé
Népalaises rentrant des champs – © Eliane Vételé
Dernière soirée sur les rives de la Rapti – © Eliane Vételé