Vous cherchez vos mots, pourquoi ?

Photo source Google: Science et vie

Est-ce que cela vous arrive de vouloir dire un mot dans une conversation et qu’il refuse de sortir alors que vous le savez tout près puis, tout à coup, il est là, il surgit, il refait surface ? Vivez-vous une certaine frustration, une déception, une inquiétude ? Vous posez-vous des questions ? Cet article pourrait répondre à vos interrogations, vous donner des pistes de solution pour diminuer l’impact et vous sécuriser.

Madame Agathe Tupula Kabola, orthophoniste, conférencière et chargée de cours à l’Université de Montréal a exploré ce sujet dans un article paru dans la revue Santé et science, le 7 oct. 2025.

Voici les grandes lignes de son étude et analyse. Il est important de mentionner dans un premier temps que ce phénomène est assez généralisé et touche même de grands orateurs sans pour autant que ce soit dramatique et précurseur d’une maladie plus grave.

L’explication au problème

La capacité à retrouver rapidement et efficacement un mot en mémoire pour l’utiliser dans une conversation s’appelle en langage scientifique l’accès lexical. C’est le processus qui permet d’utiliser plusieurs régions du cerveau afin de verbaliser concrètement le mot.

Le mot devient inaccessible si le lien entre les différentes parties du cerveau et la verbalisation est temporairement rompu. Ce n’est pas un oubli, mais une défaillance dans le cheminement entre le concept et la forme linguistique. Le mot est là, mais les connexions neuronales sont momentanément bloquées. En sachant que le lien est temporairement rompu et les connexions seulement momentanément bloquées, on peut respirer, être soulagé et s’éviter d’envisager le pire.

Madame Kabola mentionne que la plupart du temps, ces trous de mémoire verbaux sont passagers et anodins et qu’ils peuvent être plus fréquents avec le stress, la fatigue, une surcharge cognitive ou émotionnelle, le vieillissement, la prise de médicaments ou d’alcool.

Cas plus problématiques

Les personnes ayant eu un traumatisme crânien ou un AVC peuvent présenter des signes d’aphasie (trouble du langage auquel s’ajoutent souvent des difficultés de parole). La difficulté à s’exprimer peut devenir chronique et une réhabilitation de la parole peut s’avérer essentielle. On parle alors d’un trouble d’accès lexical ou d’une anomie.

L’âge et la recherche de mots

Nul n’échappe aux problèmes de ralentissement de l’information dû à l’âge; c’est un processus normal. L’attention devient plus fragile, la mémoire moins performante et l’accès aux mots plus difficile. Est-ce qu’il y a lieu de s’inquiéter? Pas nécessairement car ce n’est pas forcément du déclin pathologique. Plusieurs personnes ont eu ou ont cette difficulté et leur cerveau demeure en bon état.

Il faut toutefois s’assurer de donner la chance à notre cerveau de compenser pour ces lésions ou pertes fonctionnelles en alimentant la réserve cognitive. Comment? En conservant une vie intellectuelle stimulante par de bonnes habitudes de vie.

Les bonnes habitudes de vie à favoriser

Pour maintenir une bonne santé cognitive, il est suggéré de :

Faire de l’activité physique régulièrement pour améliorer la circulation sanguine et réduire les risques cardio-vasculaires. Cette recette est également bonne pour la santé mentale et physique.

Avoir une alimentation équilibrée et variée car une carence en vitamines peut affecter la mémoire.

Favoriser le sommeil réparateur afin de conserver une bonne attention et une bonne mémoire.

Être stimulé intellectuellement de différentes façons : lecture, casse-tête, apprentissage d’une langue, danse, chant, etc… Tout ce qui sollicite le cerveau est bénéfique.

Avoir une vie sociale pour prévenir l’isolement et stimuler le cerveau grâce à des discussions, réflexions, etc.

Gérer le stress par des techniques de relaxation, de méditation etc. Le stress peut nuire à la parole.
Quand faut-il s’inquiéter ?

Quand faut-il s’inquiéter ?

Le trouble du langage peut être plus sérieux et nécessité une évaluation en neurologie ou en orthophonie si les erreurs deviennent fréquentes, si les mots sont incompréhensibles, si la personne ne se rend pas compte de ses erreurs, etc..

Dans l’article, on cite l’exemple de Charles Tisseyre qui changeaient des mots (ex : cheval plutôt que chat) et dans ce cas, c’était les premiers signes d’AVC. Il faut donc être attentif aux changements subis dans l’élocution et ne pas hésiter à consulter si la situation vous semble anormale, voire se présenter à l’urgence.

L’espoir toujours présent

Vous connaissez probablement des victimes d’AVC qui ont retrouvé en tout ou en partie leur facilité à communiquer. Le cerveau peut se réorganiser, compenser les pertes.

Il existe des techniques comme la thérapie contrainte induite du langage (TCIL) ou des approches conversationnelles. Le chant, le théâtre ou le dessin stimulent également les réseaux neuronaux et peuvent faciliter l’accès aux mots.

Grégory Charles présente actuellement une émission sur AmiTélé dans laquelle il regroupe 15 personnes diagnostiquées Alzheimer. Il a réussi à leur faire apprendre des chansons dans le but de faire un spectacle. Un spécialiste de l’Alzheimer a confié à Grégory qu’il était impressionné par les résultats atteints.

Conclusion

Selon Agathe Tupula Kabola, « Chercher ses mots n’est pas un signe de faiblesse, mais une fenêtre sur la complexité du langage humain. Que ce soit à cause du stress, de l’âge, d’un trouble neurologique ou simplement d’un moment de fatigue, cette difficulté nous rappelle que parler est un acte hautement sophistiqué. Et que derrière chaque mot retrouvé, il y a une victoire silencieuse — celle de la pensée qui reprend sa place dans le monde ».

Recherche : Santé et science, Agathe Tupula Kabola
7 octobre 2025